POP UP - Atelier d'artistes #1

Mars – Juin

Le 7.5 Club accueille un pop-up unique sous la forme d’atelier d’artistes.

 

Pour cette première édition, nous avons le plaisir de recevoir Raphaële Duchange et Mauro Bordin, deux artistes aux univers singuliers.

 

Mauro Mordin

Mauro Bordin développe dans ses peintures une réflexion sur les mutations d’un monde qui nous semble encore inconnu, et les traces, visibles ou invisibles, qu’elles laissent derrière elles. 

L’univers de Mauro Bordin s’inscrit dans un aller-retour temporel permanent. Il convoque un imaginaire spatio-temporel où se mêlent réminiscences anciennes et visions futuristes. L’usage, notamment de tons sépia, évoque des tapisseries médiévales, conférant à ses œuvres une dimension presque hors du temps. Le spectateur est ainsi projeté dans des mondes à la fois lointains et familiers, où passé et futur semblent coexister.

 

Ses peintures évoquent aussi des territoires en transformation, marqués par l’érosion, les post-conflits ou encore l’empreinte humaine. Il suggère des espaces instables, traversés par des forces contraires, où la beauté coexiste avec la fragilité. Cette tension traverse l’ensemble de son travail, qu’il s’exprime dans des petits ou très grands formats.  

 

Au cœur de ces paysages exubérants, la cohabitation du vivant : animaux, plantes et humains s’impose comme un thème central. Les animaux, parfois hybrides, occupent une place essentielle, apparaissant majestueux, et remplacent symboliquement dans certaines compositions les figures humaines bibliques. En effet, ses origines italiennes et ses études au Beaux arts de Venise lui ont laissé le goût des compositions anciennes et des thèmes religieux (La Visitation, l’Annonciation…). Alors aux grandes icônes (Sainte Élisabeth ou l’Ange Gabriel, Saint Antoine ou Christ…) se substituent, avec beaucoup d’humour, des animaux hybrides et venant du futur. 

 

L’humain, quant à lui, perd sa position dominante. Il devient une figure fragile, souvent étrangère à ces environnements luxuriants et parfois menaçants. Représenté comme un explorateur, un nomade ou un observateur, il évolue dans des paysages riches mais instables, où la nature reprend ses droits. Exempt de toute vision critique ou dévalorisante, cette représentation traduit au contraire une forme de tendresse pour l’humanité mais invite néanmoins à repenser sa place dans le vivant. Toutes ces scènes participent à une redéfinition des rapports entre les espèces.

 

Mauro Bordin construit alors des mondes où se mêlent fascination et incertitude. Chercherait-il dans ses récits, ainsi,  à offrir une autre existence dans laquelle, dépouillé de son omnipotence, il serait redevenu nomade et simple explorateur du vivant ?

Raphaële Duchange

Ce qui frappe d’abord dans le travail de Raphaële Duchange, c’est la question même de sa définition : comment qualifier son art ? 

 

“ Peindre, c’est lyncher la couleur, charmer les dissonances, mettre à sac la composition, tourner le dos à l’équilibre, narguer l’instabilité, célébrer le bâtard ”. 

Au premier regard, le cadre et le châssis semblent inscrire ses œuvres dans le champ traditionnel de la peinture. Pourtant, en s’en approchant, cette définition vacille. Ses compositions sont construites à partir de fragments, de formes parfois brutes, maladroites ou volontairement incomplètes, qui troublent immédiatement notre perception.

 

La singularité du travail de Raph Duchange réside précisément dans cette tension : si l’œuvre demeure enfermée dans le châssis, elle s’en échappe pourtant par la création d’une sorte de « double peau ». Une première surface, essentiellement picturale, structure l’espace et compose des paysages, des figures animales ou des formes géométriques. Le fond agit alors comme une perspective, un socle de composition.

Mais une seconde surface vient se tendre au-dessus de cette première, volontairement à distance du tableau. Sur ce voile, l’artiste redessine, redéfinit les contours et les formes, comme si l’image se reformulait dans un second temps.

 

C’est dans l’interstice entre ces deux plans que viennent se loger les matériaux les plus divers, mêlant le précieux au trivial : coton, paillettes, tissus brillants et chatoyants, mais aussi cartons d’emballage, papier aluminium, gravier ou silicone. Cette composition subtile lui permet de juxtaposer le plein et le vide, des espaces saturés et d’autres presque transparents, où la blancheur laisse apparaître toute la délicatesse du voile tendu. L’ensemble produit parfois une impression de flottement, comme si l’on observait les œuvres à travers l’eau.

 

Le travail de Raphaële Duchange repose également sur une tension constante entre les contraires : géométrie et figure, minimalisme et baroque. Elle cherche un équilibre entre ces polarités. Ses figures, souvent hybrides, prennent la forme de personnages étranges ou d’animaux fantasmagoriques.

 

Cet assemblage confère à ses œuvres une grande richesse visuelle ; il faut parfois de longues minutes pour en identifier tous les détails et parcourir la complexité de leurs compositions. Elle nous explique qu’elle “ fonctionne par déstructuration, restructuration. Cela engendre des successions d’états discontinus (pénétration, déformation, écartèlement), et d’expérimentations (greffe, transplantation, transmutation) ”. 

 

Aujourd’hui, l’artiste semble traverser une période d’harmonie entre son attirance pour le baroque débridé exubérant et chargé et celle d’un minimal plus contrôlé et géométrique, car elle se montre aussi à l’aise pour construire des compositions denses et foisonnantes que dans des œuvres plus légères et épurées. La tension se situe alors ailleurs…